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Laxatif pour maigrir : efficacité et dangers

26 octobre 20267 min de lecturePar la rédaction

Flacon de pharmacie fermé, feuilles de séné séchées et verre d’eau sur une étagère

Sur la balance, le chiffre baisse parfois dès le lendemain d’une prise de laxatif, et c’est ce qui entretient l’idée qu’un produit censé « faire aller » pourrait aussi faire maigrir. Le laxatif pour maigrir est pourtant un détournement que les autorités sanitaires françaises surveillent de près, avec des conséquences documentées sur le potassium, le cœur et l’intestin lui-même. Comprendre pourquoi le chiffre baisse, et ce qui baisse réellement, change le regard porté sur ces produits.

En bref

  • Un laxatif ne fait pas perdre de graisse : le ministère de la Santé indique que des prises plus faibles n’ont aucun effet sur le poids, et que des prises importantes ne font perdre que de l’eau et des sels minéraux.
  • Pris en quantité importante et régulière, il expose à la déshydratation, à une baisse de potassium, à des troubles cardiaques pouvant menacer le pronostic vital, puis à la dépendance.
  • Les laxatifs « naturels » à base de séné, de bourdaine ou de cascara sont des laxatifs stimulants : leur usage prolongé provoque une dépendance, et l’EFSA a relevé en 2017 un caractère génotoxique et cancérigène pour certains de leurs composés.
  • Prendre des laxatifs pour contrôler son poids est un comportement qui justifie de parler à son médecin traitant, que des troubles du comportement alimentaire soient en cause ou non.

Un laxatif fait-il vraiment maigrir ?

Non, un laxatif ne fait pas perdre de graisse : il accélère le passage des selles dans le côlon ou augmente leur teneur en eau, sans modifier les calories que le corps a déjà absorbées. Selon l’encyclopédie médicale Larousse, les protéines, les lipides et les glucides sont absorbés dans l’intestin grêle, surtout dans sa partie proximale, et le côlon ne prend en charge que le surplus d’eau.

La notice officielle du bisacodyl (Dulcolax), un laxatif stimulant, précise qu’il agit localement dans la partie basse de l’intestin, qu’il augmente la motilité du côlon et la sécrétion d’eau et d’électrolytes, et qu’il est peu absorbé. La réponse du ministère de la Santé à une question parlementaire (publiée au Journal officiel le 30 août 2011) est sans ambiguïté : des prises faibles « n’ont aucun effet sur le poids », rendent l’intestin paresseux et finissent par constiper, tandis que des prises importantes et régulières entraînent une perte d’eau et de sels minéraux, en particulier de potassium.

Ce que la balance enregistre en moins après un laxatif correspond donc à de l’eau et à du contenu intestinal, pas à du tissu gras. L’ANSM range d’ailleurs les laxatifs parmi les médicaments détournés dans le but de perdre du poids, au même titre que les diurétiques.

Quels sont les types de laxatifs et comment agissent-ils ?

Les laxatifs se répartissent en quatre grandes familles selon leur mode d’action : de lest, osmotiques, lubrifiants et stimulants. Le tableau reprend la classification du centre universitaire Unisanté (Lausanne, version du 26 juillet 2023).

FamilleExemplesMode d’actionRisque ou précaution relevé
De lestPsyllium, sterculiaDes fibres retiennent l’eau et gonflent, ce qui augmente le volume des sellesDistension abdominale ; à prendre avec beaucoup de liquide pour limiter le risque d’obstruction
OsmotiqueLactulose, macrogolsRetiennent l’eau dans le côlon et augmentent le volume des sellesDouleurs abdominales, ballonnements, nausées, diarrhées
LubrifiantParaffine liquideLubrifie et ramollit les sellesGêne à l’absorption de médicaments et de vitamines liposolubles
StimulantBisacodyl, séné, bourdaine, picosulfate de sodiumAugmente la sécrétion d’eau et d’électrolytes dans le côlon et stimule sa motilitéEn usage prolongé : dépendance, accoutumance et troubles électrolytiques

Quels sont les dangers d’un laxatif pris pour maigrir ?

Les dangers viennent surtout de la perte d’eau et de potassium, qui peut perturber la tension et le rythme du cœur, puis de la dépendance que l’intestin développe. D’après le ministère de la Santé, la déshydratation provoquée par des laxatifs pris en quantité importante et régulière peut causer des chutes de tension, une fatigue, des vertiges et des syncopes, ainsi que des troubles cardiaques pouvant aller jusqu’à menacer le pronostic vital.

La notice du bisacodyl détaille la suite en cas d’usage prolongé, au-delà de 10 jours sans avis médical :

  • la « maladie des laxatifs », avec une colopathie fonctionnelle sévère, une mélanose rectocolique (coloration anormale de la muqueuse) et des anomalies hydroélectrolytiques avec baisse du potassium ;
  • une dépendance, avec besoin de laxatifs réguliers, augmentation des doses et constipation sévère à l’arrêt ;
  • des interactions : la baisse du potassium majore la toxicité des digitaliques et le risque de torsades de pointes avec certains antiarythmiques, et s’ajoute à l’effet des diurétiques ou des corticoïdes.

Associer laxatifs et diurétiques, une pratique de détournement citée par l’ANSM, cumule donc deux sources de perte de potassium. Ces risques se discutent avec un médecin ou un pharmacien.

Un laxatif « naturel » à base de séné, de bourdaine ou de cascara est-il plus sûr ?

Non : une plante n’est pas forcément un produit sans danger, et le séné, la bourdaine ou le cascara contiennent des composés à action pharmacologique marquée. Selon la réponse du ministère de l’Économie publiée au Journal officiel le 28 décembre 2021, les dérivés hydroxyanthracéniques, présents dans l’écorce de bourdaine et de cascara, les feuilles et fruits de séné, les feuilles d’aloès et la racine de rhubarbe, ont des propriétés laxatives et purgatives. Leurs préparations sont utilisées comme médicaments de la classe des laxatifs stimulants, dont l’usage prolongé provoque une dépendance et, à long terme, peut entraîner des lésions définitives de la paroi interne de l’intestin.

En 2017, une évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a mis en évidence le caractère génotoxique et cancérigène de certains de ces composés et de certaines préparations de plantes qui en contiennent. Un règlement européen entré en vigueur le 8 avril 2021 place les préparations de séné, de bourdaine, de cascara et de racine de rhubarbe sous contrôle de l’Union européenne et interdit dans les aliments l’aloé-émodine et l’émodine.

L’ANSM rappelle que les plantes sont souvent perçues comme « naturelles » donc sans risque, alors que des contrôles chez des revendeurs ont relevé des espèces mal identifiées et des contre-indications non mentionnées.

Quel lien entre laxatifs et troubles du comportement alimentaire ?

L’usage de laxatifs pour contrôler son poids fait partie des comportements de purge décrits dans l’anorexie et dans la boulimie. Selon sante.fr, dans la boulimie, les crises sont suivies de comportements destinés à éviter la prise de poids : vomissements provoqués, laxatifs, diurétiques, jeûne ou exercice physique intensif.

Parmi les signes d’alerte : une perte de poids qui se poursuit au-delà d’un poids considéré comme un minimum pour l’âge et la taille, des règles qui s’espacent ou disparaissent chez une jeune fille, et, pour la boulimie, des crises qui reviennent régulièrement. Le médecin traitant pose le diagnostic, oriente vers un spécialiste et assure le suivi.

Quand consulter un médecin ?

Il faut en parler à un médecin dès que des laxatifs sont pris de façon répétée pour contrôler son poids, même en l’absence de symptôme, ainsi qu’en cas de fatigue inhabituelle, de vertiges ou de syncopes, qui figurent parmi les effets de la déshydratation décrits par le ministère de la Santé.

Pour perdre du poids, l’ANSM recommande une prise en charge globale, personnalisée et à long terme, qui vise des modifications durables des habitudes alimentaires, comportementales et d’activité physique, en suivant les recommandations de la Haute Autorité de santé. Sur ce terrain, l’article sur la motivation pour perdre du poids aborde la durée, et celui sur les coupe-faim traite une autre catégorie de produits.

Questions fréquentes

Peut-on maigrir avec du Dulcolax ?

Le Dulcolax contient du bisacodyl, un laxatif stimulant indiqué contre la constipation, pas contre l’excès de poids. Sa notice décrit une action locale dans la partie basse de l’intestin, et le ministère de la Santé écrit que des prises faibles de laxatifs n’ont aucun effet sur le poids.

Combien de temps peut-on prendre un laxatif stimulant ?

Pour le suppositoire de bisacodyl, la notice officielle déconseille une utilisation prolongée supérieure à 10 jours sans avis médical. Unisanté signale pour cette classe un risque de dépendance au-delà de 4 semaines. La durée adaptée à chaque situation relève du médecin ou du pharmacien.

Que se passe-t-il à l’arrêt après un usage prolongé ?

La notice du bisacodyl décrit, après un usage prolongé, une dépendance avec constipation sévère à l’arrêt. Le ministère de la Santé relève de même que les prises faibles rendent l’intestin paresseux et finissent par constiper. Un arrêt se prépare avec un professionnel de santé.

Les produits minceur à effet laxatif vendus en ligne sont-ils sûrs ?

L’ANSM indique que les produits à visée amaigrissante figurent parmi les produits de santé falsifiés les plus fréquemment rencontrés sur Internet. Des produits présentés comme compléments alimentaires contenaient des substances pharmacologiquement actives non mentionnées, comme la sibutramine, la fluoxétine ou la phénolphtaléine, un laxatif.

Qui doit éviter les laxatifs stimulants ?

La notice du suppositoire de bisacodyl liste notamment comme contre-indications une déshydratation sévère avec perte d’électrolytes, les maladies inflammatoires de l’intestin (rectocolite ulcéro-hémorragique, maladie de Crohn), une douleur abdominale de cause inconnue, un syndrome occlusif. Seul un médecin ou un pharmacien peut dire si un laxatif convient.

Sources

Sources consultées le 26 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Assemblée nationale, « Question écrite n° 94959 », réponse publiée au Journal officiel le 30 août 2011. Adresse : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/13/questions/QANR5L13QE94959
  • Assemblée nationale, « Interdiction des plantes à dérivés hydroxyanthracéniques », question écrite n° 39783, réponse publiée au Journal officiel le 28 décembre 2021. Adresse : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/questions/QANR5L15QE39783
  • ANSM, « Risques liés aux pratiques d’amaigrissement reposant sur l’usage de produits de santé : les points à discuter avec vos patients », ansm.sante.fr, juillet 2015. Adresse : https://ansm.sante.fr/uploads/2021/01/07/pi-amaigrissement-message-professionnels-juillet-2015.pdf
  • Base de données publique des médicaments, « DULCOLAX 10 mg, suppositoire », medicaments.gouv.fr. Adresse : https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/64835956/extrait
  • Sante.fr, « Troubles des conduites alimentaires (TCA) ». Adresse : https://www.sante.fr/node/3827301
  • Unisanté, « Principales caractéristiques des laxatifs remboursés par l’assurance de base », version 5, validée le 26 juillet 2023. Adresse : https://unisante.ch/fr/media/1393/download
  • Larousse, encyclopédie médicale, « Absorption intestinale », larousse.fr. Adresse : https://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/absorption_intestinale/10867

Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

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