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CPH4, l’hormone de grossesse : mythe ou réalité ?

26 octobre 20267 min de lecturePar la rédaction

Modèle anatomique de l’utérus et des ovaires posé dans un cabinet de gynécologie vide

Une poudre bleue qui décuple les capacités du cerveau et que toute femme enceinte fabriquerait naturellement : l’idée, lancée par un film d’action, circule depuis plus de dix ans sous le nom de CPH4. Beaucoup cherchent à savoir si cette hormone de grossesse figure dans les ouvrages de médecine, si un test peut la mesurer ou si on peut en acheter. Le sujet mêle cinéma, déclarations d’un réalisateur et endocrinologie de la grossesse, laquelle repose sur des hormones bien réelles.

En bref

  • Le CPH4 n’est pas une hormone de grossesse connue de la médecine : c’est le nom d’un produit inventé pour le film Lucy de Luc Besson, sorti en France le 6 août 2014, et il ne figure pas parmi les hormones décrites dans les manuels médicaux de référence sur la grossesse.
  • Luc Besson a lui-même déclaré au Journal du dimanche, le 3 août 2014, que « CPH 4 est un nom inventé pour désigner le produit du film », tout en affirmant que « la molécule existe » sans la nommer dans ce passage.
  • Les hormones réellement décrites pendant la grossesse sont notamment la gonadotrophine chorionique humaine (hCG), la progestérone, les œstrogènes, l’hormone lactogène placentaire, la prolactine et l’ocytocine.
  • Un test de grossesse recherche la hCG, pas le CPH4 ; toute question sur une grossesse ou sur un produit présenté comme hormonal relève d’un médecin, d’une sage-femme ou d’un pharmacien.

Le CPH4 est-il une vraie hormone de grossesse ?

Non, le CPH4 n’est pas une hormone de grossesse reconnue : il désigne la substance imaginaire du film Lucy, et aucune des hormones que décrivent les manuels de médecine pour la grossesse ne porte ce nom. Les manuels médicaux détaillent en effet les hormones produites par le placenta, les ovaires et l’hypophyse pendant la gestation, sans jamais y faire apparaître un « CPH4 ».

Ce nom ne correspond à aucune des dénominations qui apparaissent dans les tableaux d’hormones : gonadotrophine chorionique, progestérone, œstrogènes, prolactine, ocytocine. Les requêtes « CPH4 existe », « CPH 4 » ou « CPH-4 » renvoient donc à une question de culture cinématographique plus qu’à un sujet médical. Les mêmes recherches contiennent souvent l’expression « CPH4 de synthèse », qui reprend l’idée du film : une version fabriquée d’une substance que le corps humain produirait.

D’où vient le CPH4 et que dit Luc Besson ?

Le CPH4 vient du film Lucy, réalisé par Luc Besson et sorti en France le 6 août 2014. Le synopsis est résumé ainsi : une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini, « colonise » son cerveau et acquiert des pouvoirs illimités. Dans l’histoire, un produit de synthèse, le CPH4, déclenche cette transformation.

Dans un entretien publié par le Journal du dimanche le 3 août 2014 (propos recueillis par Danielle Attali), le réalisateur a répondu à la question de la réalité de ce produit. Il a déclaré : « CPH 4 est un nom inventé pour désigner le produit du film. Mais la molécule existe. Elle est produite par la femme enceinte dès la sixième semaine de grossesse, ce qui permet au bébé de fabriquer notamment ses os… »

Deux éléments ressortent de cette déclaration. Premièrement, le réalisateur reconnaît que le nom est inventé, ce qui revient à dire que « CPH4 » ne désigne aucune molécule identifiée par la médecine. Deuxièmement, il attribue à une molécule non nommée un rôle dans la formation des os du bébé, sans la désigner ni donner de référence. Parmi les hormones décrites dans les manuels médicaux, aucune n’est présentée comme celle qui permettrait au bébé de fabriquer ses os. Le lien avec les capacités du cerveau, moteur de l’intrigue, n’apparaît dans aucune de ces descriptions.

Quelles sont les vraies hormones de la grossesse ?

Pendant la grossesse, le corps de la mère et le placenta produisent plusieurs hormones dont les rôles sont documentés : la hCG, la progestérone, les œstrogènes, l’hormone lactogène placentaire, la prolactine et l’ocytocine. Le tableau ci-dessous résume ce que décrivent les manuels médicaux de référence.

HormoneProduite parRôle décrit
Gonadotrophine chorionique humaine (hCG)Cellules autour de l’embryon, puis placentaMaintient le corps jaune et sa production de progestérone en début de grossesse ; stimule les ovaires, ce qui élève précocement œstrogènes et progestérone
ProgestéroneCorps jaune des ovaires, puis placenta après 9 à 10 semainesAssure la continuité de la grossesse ; relâche les fibres musculaires lisses du tube digestif et incite à respirer plus profondément ; contribue à la résistance à l’insuline
ŒstrogènesOvaires au début, puis placenta après 9 à 10 semainesPréservent la réceptivité de l’utérus au fœtus et au placenta ; favorisent la hausse de la prolactine
Hormone lactogène placentaire (hPL)PlacentaAvec la progestérone et des corticostéroïdes placentaires, augmente les besoins en insuline
ProlactineHypophyseAssure la lactation ; son taux est multiplié par 10 pendant la grossesse
OcytocineHypophyseProvoque la contraction de l’utérus pendant et après l’accouchement et l’envoi du lait dans le sein
AlloprégnanolonePlacentaDérivée de la progestérone, produite en grande quantité vers la fin de la gestation

La séquence des premières semaines est la suivante. Après l’ovulation, le follicule rompu devient le corps jaune, qui fabrique de la progestérone. Si un embryon s’implante, les cellules qui l’entourent sécrètent la hCG, laquelle maintient le corps jaune actif. Le placenta prend ensuite le relais : après 9 à 10 semaines, il produit lui-même de grandes quantités d’œstrogènes et de progestérone.

Certaines de ces hormones expliquent des symptômes courants. Les nausées et vomissements du début de grossesse pourraient être liés à la hausse rapide de la hCG et des œstrogènes, et le taux élevé de progestérone ralentit les mouvements digestifs, ce qui contribue aux brûlures d’estomac et à la constipation. Les hormones médicamenteuses prises en dehors de la grossesse relèvent d’autres sujets, comme la pilule traitée dans l’article sur Gestarelle G.

Que détecte un test de grossesse ?

Un test de grossesse détecte la hCG, l’hormone sécrétée par les cellules entourant l’embryon après l’implantation. Les tests de grossesse reposent sur la détection de l’augmentation du taux de gonadotrophine chorionique humaine, précise-t-on dans les manuels médicaux. Aucun test ne cherche du CPH4, faute de molécule à doser.

La hCG sert donc de repère biologique du début de grossesse, d’où l’idée, parfois avancée sur internet, qu’elle serait la « vraie » molécule cachée derrière le film. Cette équivalence n’est affirmée ni par le réalisateur, qui ne cite aucune hormone dans le passage reproduit plus haut, ni par les ouvrages médicaux. La hCG a une fonction connue, maintenir le corps jaune et la production de progestérone, qui ne ressemble pas aux effets décrits dans le film.

Un doute sur une grossesse ou un test positif se discute avec un médecin ou une sage-femme.

Un produit « CPH4 de synthèse » existe-t-il en vente ?

Un produit vendu sous le nom de « CPH4 de synthèse » ne correspond à aucune hormone décrite par la médecine, puisque ce nom a été inventé pour un film.

Pour toute substance proposée en ligne et présentée comme stimulant du cerveau ou « hormone de grossesse », un pharmacien ou un médecin peut vérifier de quoi il s’agit. Les médicaments autorisés en France figurent dans la base de données publique des médicaments, tenue par le ministère de la Santé.

Une substance dont la composition n’est pas vérifiée ne devrait pas être prise pendant une grossesse sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Questions fréquentes

Le CPH4 permet-il vraiment au bébé de fabriquer ses os ?

C’est ce qu’a affirmé Luc Besson dans un entretien d’août 2014, à propos d’une molécule qu’il ne nomme pas dans ce passage. Aucune hormone de la grossesse n’est présentée dans les manuels médicaux comme responsable de la formation des os du bébé, et le nom CPH4 est, de l’aveu du réalisateur, inventé pour le film.

À partir de quand le placenta fabrique-t-il lui-même des hormones ?

Le placenta produit de grandes quantités d’œstrogènes et de progestérone après 9 à 10 semaines de grossesse. Avant, ces hormones viennent surtout des ovaires, stimulés par la hCG, ce qui explique que cette dernière soit la première hormone recherchée par les tests.

La hCG est-elle le CPH4 ?

Aucune source médicale ne le dit. La hCG est une hormone identifiée, sécrétée à partir de l’implantation, dont le rôle documenté est de maintenir le corps jaune. Le CPH4 est un nom de fiction.

Les hormones de la grossesse retombent-elles après l’accouchement ?

Pour la prolactine, dont le taux est multiplié par 10 pendant la grossesse, il se normalise après l’accouchement, y compris chez les femmes qui allaitent. L’ocytocine continue d’agir pendant l’allaitement, car elle stimule la contraction des canaux galactophores qui envoient le lait dans le sein.

Les nausées du début de grossesse viennent-elles d’une hormone ?

Les nausées et vomissements du premier trimestre pourraient être liés à la hausse rapide de la hCG et des œstrogènes.

Sources

Sources consultées le 26 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Le Journal du dimanche (propos recueillis par Danielle Attali), « Luc Besson : Faire des films capables de traverser le temps », lejdd.fr, 3 août 2014. https://www.lejdd.fr/Culture/Luc-Besson-Faire-des-films-capables-de-traverser-le-temps-678696-3182186
  • AlloCiné, « Lucy - Film 2014 », fiche du film (réalisation, sortie, synopsis). https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=186452.html
  • Manuel MSD, édition professionnelle, « Physiologie de la grossesse », msdmanuals.com. https://www.msdmanuals.com/fr/professional/gyn%C3%A9cologie-et-obst%C3%A9trique/prise-en-charge-de-la-femme-enceinte-et-suivi-de-la-grossesse/physiologie-de-la-grossesse
  • Manuels MSD pour le grand public, « Modifications physiques au cours de la grossesse », msdmanuals.com. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-de-la-femme/grossesse-normale/modifications-physiques-au-cours-de-la-grossesse
  • Manuels MSD pour le grand public, « Principales hormones », msdmanuals.com. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/multimedia/table/principales-hormones
  • Manuels MSD pour le grand public, « Le cycle menstruel », msdmanuals.com. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-de-la-femme/biologie-de-l-appareil-g%C3%A9nital-f%C3%A9minin/le-cycle-menstruel
  • Inserm, « Un manque d’hormones placentaires pourrait jouer un rôle dans l’apparition de déficits neurodéveloppementaux », communiqué, 6 septembre 2021. https://presse.inserm.fr/un-manque-dhormones-placentaires-pourrait-jouer-un-role-dans-lapparition-de-deficits-neurodeveloppementaux/43689/

Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

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