Aller au texte
UNALSCarnet de santé, expliqué simplement
Sexualité

Gonorrhée (chaude-pisse) : symptômes, dépistage et traitement

2 novembre 20267 min de lecturePar la rédaction

Salle de consultation de santé sexuelle vide avec un plateau de prélèvement fermé

Une brûlure en urinant, un écoulement inhabituel, ou rien du tout : le gonocoque prend des visages très différents selon la personne et l’endroit touché. Gonorrhée, blennorragie, gonococcie ou chaude-pisse, ces mots désignent la même infection sexuellement transmissible, que de nombreuses personnes portent sans le savoir et dont les diagnostics progressent. Comprendre comment elle se manifeste, comment elle se repère et comment elle se soigne aide à ne pas passer à côté d’une infection pourtant guérissable.

En bref

  • La gonorrhée est une infection bactérienne due au gonocoque (Neisseria gonorrhoeae), transmise par rapports sexuels génitaux, anaux ou oraux ; elle se confirme uniquement par un prélèvement et se traite par une injection unique d’antibiotique, la ceftriaxone.
  • Elle ne donne parfois aucun symptôme, surtout chez la femme, dans la gorge et dans le rectum : un partenaire contaminé peut donc la transmettre sans le savoir.
  • Le dépistage se fait chez un médecin, en laboratoire ou gratuitement dans un CeGIDD ; les partenaires récents doivent être prévenus et dépistés.
  • Les diagnostics ont augmenté de 36 % entre 2022 et 2024 dans le secteur privé en France, d’après Santé publique France.

Qu’est-ce que la gonorrhée (chaude-pisse) et comment se transmet-elle ?

La gonorrhée, appelée aussi gonococcie, blennorragie ou chaude-pisse, est une infection sexuellement transmissible causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae, le gonocoque. Elle se transmet uniquement d’humain à humain, presque toujours lors de rapports sexuels, qu’ils soient génitaux, anaux, bucco-génitaux ou bucco-anaux.

Le gonocoque n’entraîne pas d’immunité : une personne guérie peut être réinfectée, et les réinfections sont fréquentes. Il n’existe pas de vaccin contre la gonorrhée. Le préservatif, y compris pour la fellation, et le dépistage sont les moyens de prévention les plus efficaces.

Quels sont les symptômes de la gonorrhée chez l’homme et chez la femme ?

Chez l’homme, la gonorrhée se manifeste surtout par une brûlure en urinant et un écoulement du pénis ; chez la femme, elle est le plus souvent sans symptôme. Quand des signes apparaissent, ils surviennent après une incubation courte, de 2 à 7 jours selon les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS).

LocalisationChez l’hommeChez la femme
Voies urinaires et génitalesForme la plus courante : urétrite avec écoulement purulent ou blanchâtre et picotements ou brûlures à la miction ; parfois testicules enflés ou douloureuxBrûlures en urinant ou pendant les rapports, écoulements vaginaux jaunâtres ou sanguinolents, maux de ventre ; symptômes présents dans moins de 25 % des cas
RectumÉcoulement possible ; souvent aucun signeSouvent aucun signe
GorgeSouvent aucun signeSouvent aucun signe

L’absence de symptômes ne protège ni de la contagion ni des complications. Sans traitement, l’infection peut provoquer des douleurs pelviennes chroniques et augmenter le risque de contamination par le VIH. Chez la femme, les complications sont la salpingite, l’abcès pelvien, les grossesses extra-utérines et la stérilité ; chez l’homme, l’infection de la prostate ou de l’épididyme. Plus rarement, les articulations, le cœur, les yeux, la peau ou les méninges peuvent être atteints.

Il faut consulter dès l’apparition d’une brûlure en urinant, d’un écoulement ou de pertes inhabituelles, mais aussi après un rapport avec un partenaire dont on apprend qu’il est infecté, même sans aucun signe. Si les symptômes persistent au troisième jour de traitement, il faut reconsulter.

Comment se faire dépister du gonocoque ?

Le dépistage du gonocoque se fait par un prélèvement à l’aide d’un écouvillon sur les zones concernées : urine ou urètre chez l’homme, vagin chez la femme, rectum ou gorge selon les pratiques sexuelles. C’est le seul moyen de confirmer le diagnostic, car les symptômes ne suffisent pas.

Il peut être réalisé chez le médecin traitant, le gynécologue ou le dermatologue, dans un laboratoire de biologie médicale, ou gratuitement dans un CeGIDD (centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic) ou un centre de planification. Le prélèvement est analysé par un test de détection de l’ADN de la bactérie ou par culture. Si le test est positif, une culture est demandée en parallèle pour vérifier la sensibilité du gonocoque aux antibiotiques, sans retarder le traitement.

La recherche s’accompagne systématiquement de celle d’autres infections : syphilis, VIH, condylomes, herpès génital et hépatite B. Pour le VIH, un autotest existe, avec ses propres délais de fiabilité. La gonorrhée est souvent associée à la chlamydiose, autre infection bactérienne qui fait l’objet d’un dépistage au même moment.

Comment soigne-t-on la gonorrhée, et le gonocoque résiste-t-il aux antibiotiques ?

La gonorrhée se soigne par un antibiotique, la ceftriaxone, administrée en injection unique dans un muscle ; le traitement est recommandé même sans symptôme. La HAS (recommandations validées le 10 avril 2025) préconise de traiter toute infection à gonocoque, symptomatique ou non, avec deux objectifs : guérir plus vite et éviter la transmission aux partenaires. Il peut être prescrit sans attendre le résultat du test en cas de forte suspicion. En cas d’allergie confirmée à la ceftriaxone, le médecin choisit une autre molécule.

Un traitement contre la chlamydiose est souvent associé, les deux infections se rencontrant fréquemment ensemble. Le traitement est prescrit par un médecin, après prélèvement.

La résistance du gonocoque est un sujet de surveillance. Parmi les 707 souches étudiées par le dispositif de surveillance ENGON, la résistance à la ceftriaxone (0,1 %) et au céfixime (0,3 %) reste très faible, mais 20,9 % des souches ont une sensibilité diminuée au céfixime. La résistance à l’azithromycine est de 6,9 %, en baisse par rapport à 11,6 % en 2022. Elle atteint 66,5 % pour les fluoroquinolones et 93,6 % pour la tétracycline. Six souches résistantes à la ceftriaxone ont été identifiées en moins d’un an, dont plusieurs ultrarésistantes. Le risque est plus élevé après une contamination en Asie-Pacifique, ce qui conduit à un traitement et un suivi adaptés.

Que faire pour les partenaires et les rapports après le diagnostic ?

Après un diagnostic de gonorrhée, il faut prévenir les partenaires récents pour qu’ils soient dépistés et traités, et éviter tout rapport sexuel non protégé pendant au moins 7 jours après le traitement par ceftriaxone. Les rapports doivent être évités ou protégés par un préservatif ou une digue dentaire pendant cette durée.

La période à couvrir pour prévenir les partenaires est de 6 mois avant le diagnostic. Elle est ramenée à 2 semaines chez l’homme qui présente une urétrite à gonocoque, en raison de l’incubation courte. Un dépistage est proposé à tous les partenaires ciblés. Un partenaire qui a des symptômes est traité comme infecté jusqu’à preuve du contraire. Pour un partenaire sans symptôme dont le dernier rapport à risque remonte à moins de 14 jours, un traitement est donné d’emblée, car le test peut être faussement négatif à ce stade.

Si les prises de risque continuent après le traitement, un test de recherche d’une réinfection est recommandé entre 3 et 6 mois. Un centre de santé sexuelle ou un médecin peut aussi orienter vers la PrEP ou le traitement post-exposition du VIH.

Les cas de gonorrhée augmentent-ils en France ?

Oui : environ 25 800 personnes ont été diagnostiquées et traitées pour une gonorrhée en 2024 dans le secteur privé en France, soit 36 % de plus qu’en 2022, d’après Santé publique France. L’incidence atteint 38 pour 100 000 habitants, avec 55 pour les hommes et 21 pour les femmes. Elle est la plus élevée chez les hommes de 26 à 49 ans (122 pour 100 000) et en Île-de-France (83 pour 100 000).

Dans les CeGIDD, environ 13 500 infections à gonocoque ont été déclarées ; 56 % des cas concernaient des hommes ayant des rapports avec des hommes, et l’âge médian était de 28 ans. Le taux de positivité des tests est passé de 4,2 % en 2022 à 4,6 % en 2024. Le dépistage a lui aussi progressé : le taux de personnes testées a augmenté de 26 % entre 2022 et 2024, et environ 3,7 millions de personnes ont été testées au moins une fois en 2024.

Questions fréquentes

Peut-on attraper le gonocoque dans la gorge ?

Oui, lors de rapports bucco-génitaux. L’infection de la gorge passe souvent inaperçue, mais elle se traite : il est recommandé de traiter un portage pharyngé, par la même injection de ceftriaxone.

Peut-on attraper plusieurs fois le gonocoque ?

Oui, car l’infection ne laisse aucune immunité et il n’existe pas de vaccin. Une personne guérie peut être réinfectée dès un nouveau rapport non protégé avec un partenaire porteur.

La gonorrhée est-elle dangereuse pendant la grossesse ?

Elle peut se transmettre de la mère à l’enfant. Une femme enceinte infectée est traitée par ceftriaxone, et le nouveau-né peut recevoir un collyre préventif ou, si l’infection est confirmée à l’accouchement, une injection d’antibiotique.

Faut-il refaire un test après le traitement ?

Pas toujours. Ce test n’est pas exigé si l’évolution est bonne et si la ceftriaxone a été donnée pour une souche sensible. Un test de contrôle est justifié si un autre antibiotique a été utilisé, si la souche est peu sensible, ou si les symptômes persistent à 72 heures ; il se fait au plus tôt 14 jours après le traitement.

La gonorrhée augmente-t-elle le risque de VIH ?

Oui, d’après les autorités sanitaires, l’infection augmente le risque de contamination par le VIH. Chez une personne vivant avec le VIH, la prise en charge de la gonorrhée est inchangée, sans interaction avec les traitements antirétroviraux.

Sources

Sources consultées le 26 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Santé publique France, « Gonococcie : la maladie », site santepubliquefrance.fr. https://www.santepubliquefrance.fr/gonococcie/la-maladie
  • Santé publique France, « Gonococcie : données », site santepubliquefrance.fr. https://www.santepubliquefrance.fr/gonococcie/donnees
  • Haute Autorité de santé, « Recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae », validées par le Collège le 10 avril 2025. https://biorecos.cerballiance.fr/wp-content/uploads/2025/05/Neisseria-gonorrhoeae_recommandation-de-prise-en-charge-des-personnes-infectees_HAS_2025.pdf
  • Service public d’information en santé (sante.fr), « Gonorrhée (blennorragie) », 13 août 2026. https://www.sante.fr/node/2055739

Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Dans la même rubrique