Leucocytes dans les urines : que signifie un taux élevé ?

Une croix de plus sur la ligne « leucocytes » d’une bandelette, ou une valeur signalée en gras sur le compte rendu d’un laboratoire : un taux élevé de leucocytes dans les urines inquiète d’autant plus qu’il n’affiche ni diagnostic ni gravité. Ces globules blancs témoignent d’une réaction de l’organisme dans l’appareil urinaire, mais pas forcément d’une infection. Leur interprétation dépend des symptômes, des autres éléments de l’examen et de la qualité du recueil des urines.
En bref
- Des leucocytes élevés dans les urines (leucocyturie) correspondent à au moins 10 leucocytes par microlitre, soit 10 000 par millilitre, seuil retenu par l’ANSM et la Haute Autorité de santé (HAS) ; ce résultat est le témoin d’une réaction inflammatoire, mais il n’est pas spécifique d’une infection urinaire.
- La cause la plus fréquente est l’infection urinaire (cystite, pyélonéphrite, prostatite), mais une contamination du prélèvement, une urétrite, des calculs ou une atteinte du rein peuvent aussi l’expliquer.
- Une bandelette positive aux leucocytes a une valeur d’orientation et ne suffit pas à poser le diagnostic ; l’examen cytobactériologique des urines (ECBU) précise la situation.
- Brûlures en urinant, envies fréquentes, fièvre ou douleur lombaire justifient une consultation rapide.
Que mesure le taux de leucocytes dans les urines ?
Le taux de leucocytes dans les urines, ou leucocyturie, compte les globules blancs présents dans l’urine, soit avec une bandelette, soit par une numération au microscope ou sur un automate lors d’un ECBU. L’ANSM précise que la leucocyturie est le témoin de la réaction inflammatoire au cours d’une infection urinaire, mais qu’elle n’est pas spécifique : elle peut aussi s’observer, par exemple, en cas de vulvo-vaginite ou de néphropathie.
Sur la bandelette, la réaction repose sur une enzyme, l’estérase leucocytaire, présente dans les polynucléaires neutrophiles. Elle donne une coloration allant du rose au violet, lue comme négatif, traces, +, ++ ou +++. Les notices des bandelettes indiquent des seuils de détection compris entre 9 et 25 leucocytes par microlitre selon les fabricants. À l’ECBU, le laboratoire exprime le résultat en nombre par millilitre ou par microlitre ; les valeurs de référence varient selon le laboratoire et c’est le médecin qui interprète.
À partir de quel taux les leucocytes urinaires sont-ils élevés ?
Les leucocytes urinaires sont considérés comme élevés à partir de 10 leucocytes par microlitre, soit 10⁴ par millilitre. Ce seuil pathologique vaut pour l’ECBU comme pour la bandelette. Les fiches de la HAS sur la cystite et la pyélonéphrite le reprennent : un ECBU est dit positif si la leucocyturie atteint ou dépasse 10⁴ par millilitre et si la bactériurie dépasse un seuil, précisé dans le tableau.
| Résultat | Interprétation possible |
|---|---|
| Bandelette : leucocytes et nitrites négatifs | Bandelette négative : l’infection urinaire peut être exclue avec une forte probabilité chez la femme |
| Bandelette : leucocytes positifs, avec ou sans nitrites | Valeur d’orientation seulement : elle ne suffit pas à poser le diagnostic et ne remplace pas l’ECBU en dehors de situations précises |
| ECBU : leucocytes ≥ 10⁴/mL et bactéries au-dessus du seuil | ECBU positif : infection urinaire probable, avec seuil de 10³ UFC/mL pour E. coli et S. saprophyticus, 10⁴ UFC/mL pour les autres bactéries |
| ECBU : leucocytes élevés, aucune bactérie | Leucocyturie dite aseptique : d’autres causes sont à rechercher |
| ECBU : bactéries sans symptôme | Colonisation urinaire : elle ne se traite pas, sauf en cas de grossesse ou de chirurgie urologique programmée |
Ces seuils sont donnés à titre indicatif : en cas de discordance, c’est la clinique qui prime. Chez l’homme, la présence de leucocytes sur la bandelette a une valeur prédictive positive de 65 % à 76 % pour l’infection urinaire. Chez la femme, elle est moins fiable, alors que l’absence de leucocytes écarte bien l’infection.
Quelles sont les causes de leucocytes élevés dans les urines ?
La cause la plus fréquente de leucocytes élevés dans les urines est l’infection urinaire. Les bactéries responsables sont surtout Escherichia coli, puis Proteus mirabilis ; des levures comme Candida sont aussi possibles. Les causes se regroupent en quatre familles.
- Infection de l’appareil urinaire : cystite (vessie), pyélonéphrite (rein) ou prostatite.
- Contamination du prélèvement : des sécrétions vaginales peuvent donner de faux résultats positifs sur la bandelette et fausser la numération.
- Inflammation sans infection urinaire : urétrite, atteinte du tissu du rein, effet toxique de certains médicaments, maladies auto-immunes comme le lupus, néphrites interstitielles chroniques, présence d’une sonde urinaire.
- Obstacle ou lésion des voies urinaires : calculs rénaux, tumeur urinaire.
L’urétrite fait partie des causes reconnues de leucocyturie sans infection urinaire. Elle est aussi la forme la plus courante de la gonorrhée chez l’homme, ce qui explique qu’une infection sexuellement transmissible puisse se cacher derrière une leucocyturie, y compris quand les urines ne contiennent pas de bactérie cultivable.
Que signifie une leucocyturie élevée sans bactérie ?
Une leucocyturie élevée sans bactérie, dite aseptique, signifie que les urines contiennent beaucoup de globules blancs mais que la culture de l’ECBU ne retrouve aucun germe. Ce résultat oriente vers d’autres pathologies que la cystite classique, que le médecin recherche selon les signes cliniques.
Parmi les situations décrites : une infection en cours de guérison, une allergie à un médicament, une maladie inflammatoire du rein, une exposition à un toxique, des calculs, une tumeur urinaire ou une prostatite aiguë. Des leucocyturies intermittentes ou persistantes dans un contexte non infectieux existent aussi en cas d’urétrite, de toxicité médicamenteuse, d’atteinte auto-immune ou chez les patients porteurs de sonde. Le médecin peut demander un nouvel ECBU, d’autres analyses ou un examen d’imagerie ; aucun traitement ne se décide sur cette seule ligne du bilan.
Comment recueillir correctement ses urines pour un ECBU ?
Pour un ECBU, les urines se recueillent à mi-jet, après une toilette soigneuse de la région urétrale ou vulvaire, au moins 4 heures après la miction précédente et avant tout antibiotique. Ces conditions, décrites par le laboratoire du centre hospitalier de Béthune dans une présentation destinée aux équipes d’hygiène, limitent la contamination de l’échantillon.
Le Manuel MSD précise que l’échantillon se prélève en milieu de miction, de manière stérile, pour éviter les bactéries voisines, et que cette contamination est plus fréquente chez la femme. Le flacon doit être rapporté sans attendre : pour les bactéries, la conservation d’un pot sans conservateur est limitée à environ 2 heures à température ambiante ou 24 heures à 4 °C. Un recueil mal fait est une cause fréquente de résultat difficile à interpréter.
Quand consulter pour des leucocytes élevés dans les urines ?
Il faut consulter rapidement en cas de brûlures en urinant, d’envies fréquentes d’uriner, de fièvre ou de douleurs lombaires, avec ou sans résultat d’analyse. La fièvre peut signaler une atteinte des reins, et la douleur se projette souvent dans la région lombaire.
Devant une suspicion de pyélonéphrite, l’ECBU est systématique, quel que soit le résultat de la bandelette. Dans une cystite simple de la femme, au contraire, la bandelette suffit et l’ECBU n’est pas prescrit d’emblée, sauf évolution défavorable après 3 jours. Une leucocyturie découverte par hasard, sans aucun symptôme, doit être montrée au médecin qui a prescrit l’analyse plutôt qu’interprétée seule.
Questions fréquentes
Quelle différence entre bandelette urinaire et ECBU ?
La bandelette détecte rapidement les leucocytes et les nitrites, témoins d’une réaction inflammatoire et de certaines bactéries. L’ECBU compte les leucocytes et identifie les bactéries par culture. Il sert à confirmer l’infection et à choisir l’antibiotique, en particulier quand une pyélonéphrite ou une infection compliquée est suspectée.
Faut-il traiter un ECBU positif sans symptôme ?
En règle générale, non. Il ne faut pas traiter une colonisation urinaire, c’est-à-dire un ECBU positif sans symptôme, sauf pendant la grossesse ou avant une chirurgie urologique programmée. La décision revient au médecin.
Des pertes vaginales ou des médicaments peuvent-ils fausser la bandelette ?
Oui. Des sécrétions vaginales ou du formaldéhyde donnent de faux positifs pour les leucocytes, tandis qu’une glycosurie ou une protéinurie élevées, la présence de bilirubine ou d’acide ascorbique et de fortes doses de certains antibiotiques (tétracyclines, céphalosporines) peuvent donner de faux négatifs.
La leucocyturie est-elle fiable chez une personne sondée ?
Non. La bandelette n’est pas recommandée chez le patient porteur d’une sonde urinaire, et la leucocyturie n’a alors aucune valeur prédictive d’infection : elle peut s’expliquer par la sonde elle-même.
Des leucocytes élevés dans les urines pendant la grossesse sont-ils graves ?
Ils justifient un avis médical rapide, car le risque d’infection urinaire est plus élevé chez la femme enceinte. Une colonisation urinaire, même sans symptôme, est alors traitée ; l’ECBU sert à la dépister et à vérifier la guérison.
Sources
Sources consultées le 26 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- ANSM, « Rapport final du contrôle du marché des tests urinaires sur bandelette utilisés dans les cas de suspicion d’infection urinaire », novembre 2015. https://ansm.sante.fr/uploads/2023/07/26/ansm-rapport-bandelettes-utinaires-nov2015-2.pdf
- Haute Autorité de santé, « Choix et durées d’antibiothérapies : Cystite aiguë simple, à risque de complication ou récidivante, de la femme », mis à jour le 13 mai 2025. https://www.has-sante.fr/jcms/c_2722827/fr/
- Haute Autorité de santé, « Choix et durées d’antibiothérapies : Pyélonéphrite aiguë de la femme », mis à jour le 13 mai 2025. https://www.has-sante.fr/jcms/c_2722914/fr/
- Manuel MSD, version grand public, « Infection vésicale ». https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/infections/infections-des-voies-urinaires-ivu/infection-vésicale
- Descamps D., laboratoire du CH de Béthune, « Légitimité de la pratique d’un ECBU de contrôle », journée des correspondants en hygiène, 24 novembre 2016, CPIAS / CHU de Lille. https://www.cpias.chu-lille.fr/wp-content/uploads/sites/15/2020/11/ECBU_corespondants_hygiene-_24112016_d_descamps.pdf
- Elsan, « Leucocyturie : définition, causes et traitements », fiche relue par un biologiste médical. https://www.elsan.care/fr/pathologie-et-traitement/biologie-medicale/leucocyturie-definition-causes-traitements
Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.


