Anisme : symptômes, causes et traitements

Sentir le besoin d’aller à la selle, pousser longtemps et n’obtenir presque rien : cette situation ne s’explique pas toujours par un transit trop lent. L’anisme met en cause le geste lui-même, au moment où les muscles qui devraient se relâcher pour laisser passer les selles se contractent à contretemps. Le terme est peu connu, et il recouvre un vocabulaire médical (dyssynergie, dyschésie) qui complique les recherches. Distinguer cette cause d’une constipation ordinaire change les examens demandés comme le traitement proposé.
En bref
- L’anisme est un trouble de la défécation dans lequel les muscles du plancher pelvien et les sphincters anaux se contractent de façon paradoxale au lieu de se relâcher au moment de pousser : le besoin est ressenti, mais l’évacuation reste laborieuse, voire impossible.
- Le diagnostic repose sur l’examen clinique et sur la manométrie anorectale avec test d’expulsion d’un ballonnet, parfois complétés par une défécographie ou une IRM dynamique.
- Le traitement de référence est la rééducation par biofeedback, d’au moins 4 à 6 séances, alors que les laxatifs donnent des résultats décevants.
- Du sang dans les selles, un amaigrissement ou une constipation apparue après 50 ans justifient de consulter sans attendre ; l’impossibilité d’émettre des gaz avec un ballonnement important relève de l’urgence.
Qu’est-ce que l’anisme et comment se produit-il ?
L’anisme est une contraction paradoxale des muscles qui ferment l’anus pendant l’effort de défécation : à la poussée, le muscle puborectal et le sphincter anal se contractent au lieu de se relâcher, et les selles ne peuvent pas sortir. Le Manuel MSD le décrit comme le résultat d’un manque de coordination entre les muscles du plancher pelvien et les sphincters anaux. La poussée abdominale a lieu, mais l’ouverture qui devrait l’accompagner ne se fait pas.
Le défaut porte donc sur la coordination des muscles au moment précis de l’évacuation. Les spécialistes parlent de dyssynergie recto-sphinctérienne, ou de troubles fonctionnels de la défécation lorsque ce défaut s’associe à des symptômes de constipation.
Quels sont les symptômes de l’anisme ?
Le symptôme central est un besoin ressenti sans pouvoir y répondre : la personne sent la présence des selles et l’envie d’aller à la selle, mais n’y parvient pas. Malgré des efforts de poussée prolongés, l’évacuation est fastidieuse, voire impossible. Certaines personnes décrivent aussi une sensation d’obstruction anale.
Ces signes décrivent une difficulté à déféquer, qui peut accompagner une constipation. Ils ne suffisent pas à eux seuls pour nommer le trouble : un médecin cherche la contraction paradoxale par l’examen, puis la confirme avec des mesures. Le résultat compte, car le traitement de référence est la rééducation, et non les laxatifs.
Comment un médecin reconnaît-il l’anisme ?
Le médecin le reconnaît d’abord à l’examen clinique, puis le confirme par des examens spécialisés. Lors du toucher rectal, les muscles puborectaux se raidissent quand le sphincter anal se contracte, et la simulation d’une exonération révèle la contraction paradoxale du muscle puborectal. Les critères de Rome IV exigent une dyssynergie authentifiée par au moins deux examens complémentaires.
| Ce que l’on cherche | Examen | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Contraction paradoxale du muscle puborectal, tonus anal de repos élevé | Examen clinique et toucher rectal | Le muscle se raidit à la simulation d’une exonération |
| Incapacité à expulser | Manométrie anorectale avec test d’expulsion du ballonnet | Mesure des pressions ; seule méthode qui renseigne sur la perception de la réplétion rectale |
| Activité du sphincter anal | Électromyogramme (EMG) du sphincter | Mesure de l’activité électrique du sphincter anal |
| Absence de relaxation anale, descente anormale du périnée | Défécographie ou proctographie par IRM (imagerie pelvienne dynamique) | Absence de relaxation anale et de descente périnéale normale à la poussée |
Ces examens spécialisés ne sont pas demandés d’emblée : la manométrie, la défécographie et les études du transit sont réservées aux cas qui ne répondent pas aux laxatifs. La constipation chronique concerne près de 20 % des adultes en France, et elle ne nécessite pas toujours d’investigations spécifiques.
Quels traitements pour l’anisme ?
Le traitement de référence est la rééducation par biofeedback, qui apprend à relâcher le plancher pelvien pendant la poussée. Le traitement par laxatifs est décevant dans ce trouble. Les dangers de ces produits, notamment lorsqu’ils servent à maigrir, sont détaillés dans l’article sur les laxatifs pour maigrir.
Le biofeedback peut améliorer la coordination entre la contraction abdominale et la relaxation du plancher pelvien. Les recommandations françaises de 2025 comptent au minimum 4 à 6 séances, à raison d’une à deux par semaine. Sans amélioration après 20 séances, la poursuite n’est probablement pas utile. Dans les essais randomisés, le biofeedback est supérieur dans 70 à 80 % des cas aux comparateurs (traitement médical, laxatifs, diazépam, séances simulées). La rééducation anorectale est gradée A pour les troubles de la défécation avec dyssynergie.
Quand consulter pour une difficulté à évacuer les selles ?
Une difficulté à évacuer qui s’installe justifie d’en parler à un médecin ; certains signes imposent de le faire vite. Une constipation avec impossibilité d’émettre des gaz et ballonnement important relève de l’urgence. Une constipation récente chez une personne de plus de 50 ans, du sang dans les selles, une douleur abdominale persistante, des nausées ou vomissements, de la fièvre ou des frissons, ou une maladie chronique appellent une consultation le jour même.
D’autres signes justifient un rendez-vous dans les jours qui suivent : des glaires abondantes dans les selles, un épisode qui dépasse 48 à 72 heures, un amaigrissement inexpliqué, une constipation apparue avec un nouveau médicament. Ces repères concernent la constipation en général, et non l’anisme seul.
Questions fréquentes
Anisme, dyssynergie, dyschésie : s’agit-il de la même chose ?
Ces termes se recoupent. Le Manuel MSD appelle dyschésie la difficulté à déféquer, qu’il nomme aussi dyssynergie ou trouble de l’évacuation, et il désigne par anisme le tonus anal de repos élevé de ces patients. Les recommandations de 2025 emploient l’expression « troubles fonctionnels de la défécation » (TFD) pour la constipation associée à une dyssynergie recto-sphinctérienne.
Le bénéfice du biofeedback dure-t-il dans le temps ?
Il tend à s’atténuer avec les années. Dans une étude de 347 patients, le bénéfice initial était maintenu chez 82 % des patients à 6 mois, 65 % à 1 an, 60 % à 2 ans et 58 % à 5 ans.
Qui ne peut pas faire de rééducation par biofeedback ?
Les contre-indications citées sont les déficits neurologiques sévères, les troubles cognitifs, les déficiences visuelles ou auditives qui empêchent le rétrocontrôle, et la fissure anale très douloureuse. La douleur chronique, l’anxiété, la dépression et la maladie hémorroïdaire ne contre-indiquent pas la rééducation.
Quels professionnels interviennent dans la rééducation ?
La rééducation du plancher pelvien pour les troubles de la défécation est très spécialisée. L’approche est multidisciplinaire : kinésithérapeutes, diététiciens, comportementalistes et gastro-entérologues y participent.
Une coloscopie est-elle nécessaire ?
Dans la constipation, la coloscopie n’est pas utile en l’absence de signes d’alarme, en particulier chez les personnes déjà incluses dans le dépistage du cancer colorectal. Elle se discute lorsque ces signes existent, comme du sang dans les selles.
Sources
Sources consultées le 26 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Manuel MSD, version professionnels, « Constipation », révision d’avril 2026. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/troubles-gastro-intestinaux/symptômes-des-troubles-gastro-intestinaux/constipation
- D. Soudan, « Rééducation abdomino-périnéale : tout savoir », POST’U 2025, FMC-HGE (formation en hépato-gastro-entérologie), mars 2025. https://www.fmcgastro.org/texte-postu/postu-2025/tout-savoir-sur-la-reeducation-abdomino-perineale/
- Fréquence Médicale, « Constipation de l’adulte : mieux réguler le transit intestinal », mise à jour du 8 septembre 2022. https://www.frequencemedicale.com/urologie/symptome/8-Constipation-de-l-adulte-mieux-reguler-le-transit-intestinal
- Le Quotidien du Médecin, « La constipation chronique », fiche FMC (introduction en accès libre). https://cancerologie.lequotidiendumedecin.fr/fmc-recos/la-constipation-chronique
Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.


